Journal de voyage: Côte nord-est :

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L’avion survole la Grande île, la côte et les premières collines apparaissent. Ce pays, d’un quart plus grand que la France et seulement peuplé de 15 millions d’habitants souffre un véritable calvaire écologique, déboisement et érosion font des ravages qui se voient depuis les airs.

L'arrivée à l'aéroport de Tamatave (Toamasina) est en soi une aventure. Tous les passagers se pressent dans une pièce étroite, avec leurs bagages à main et les formulaires de santé et de douane à remplir. La bousculade est générale, les personnels débordés tamponnent à tour de bras les passeports. Chacun se presse alors pour reprendre les bagages posés sur un comptoir. Chaque sac est examiné par un douanier qui l'ouvre, le fouille et trace une croix à la craie. Certains essayent de vous "soulager" qui d'une bouteille d'alcool, qui d'une taxe fantaisiste. La corruption n'est pas inscrite dans la Constitution, cependant... Le plus dur fut de passer les pièces détachées destinées aux 4x4 sans y laisser trop de plumes. Seulement alors, on est autorisé à sortir de l'aérogare, un dernier douanier vérifie que les bagages portent bien la marque de la fouille. Dehors, un peu de répit, pas plus de quelques secondes ; des Malgaches en haillons proposent de vous prendre en taxi, de porter votre sac, ou ne proposent rien et demandent carrément 10 francs, une cigarette ou le journal. Mais finalement, tout le groupe s'entasse dans les 3 véhicules venus nous chercher, pour filer à l'hôtel "les flamboyants (***)" à Tamatave.

Cette ville, c'est Bagdad après l'opération "tempête du désert". Les rues sont tellement défoncées que les rares voitures de tourisme qui circulent raclent leurs pare-chocs sur le sol en roulant. Certes, elles ne sont pas de première fraîcheur, des Renault 4 et autres Peugeot 504 bringuebalantes à en faire frémir le plus malhonnête de nos Centres de Contrôle Technique. Au point que, pour ne pas rester noyé dans l'eau boueuse de trous grands comme des voitures, le 4x4 est préférable. Cela laisse augurer de la piste...

Cliquer pour AgrandirUne note plus pittoresque est offerte par les hordes de pousse-pousse à bras. Ces carrioles tirées par leurs conducteurs filiformes constituent la plus grande flotte de véhicules à roue de la ville. Tout le monde les utilise, pas seulement les touristes.
Et lorsqu'ils ne transportent personne, ils charrient des marchandises. Leur vue rappelle irrémédiablement les vignettes de Tintin et le Lotus Bleu. Mais la véritable mafia qui gère ces sympathiques véhicules rend préférable le « vrai » taxi, en général une 4L usée jusqu'à la corde, laquelle, pour 2000 Francs malgaches (FMG environ 2, 20 Francs français), soit le prix d’un litre d’essence, vous conduit partout en ville.

Toutes ces spécificités urbaines contrastent avec nos agglomérations polluées et bruyantes. Le silence qui règne ici en est reposant, les bruits incongrus de moteur finissent par déranger.

Les premiers repas sont pris pendant le week-end, langoustes et gambas, pour 25000 à 40000 FMG (de 30 à 45 FF), boissons comprises. Les plus audacieux délaisseront le sempiternel Coca Cola pour la limonade Bonbon Anglais, au goût de Shamallows.

Nos mécaniciens se chargent de préparer les véhicules pendant le week-end. Il pleut et fait plutôt frais. Tamatave est sinistre à mourir. Les rares boutiques sont miteuses à souhait, et celles qui prétendent copier le style international en paraissent d’autant plus ridicules. Une sortie dans un parc animalier nous permettra de voir les uniques lémuriens du séjour. Cliquer pour Agrandir

LUNDI

Cliquer pour AgrandirParcours de liaison vers Mahambo, la route est goudronnée, avec cependant des nids de poule et des saignées qui font rebondir le Land Rover, confortable comme un char d’assaut. Tout le long de la route, les Malgaches marchent, souvent pieds et torse nus. Ils transportent toujours un fardeau, du bois, des paniers ou poussent d’improbables charrettes plates aux roues de bois. On croise parfois un pick-up surchargé ou un taxi brousse incroyablement bondé. Notre étape s’appelle « le gîte », un village de bungalows au bord d’une plage de sable blanc, quasi déserte. Le lieu est enchanteur. Les gamins du village de pêcheur proche proposent des carapaces de tortue ou des coquillages pour presque rien. Le soir, je me régale d’un capitaine grillé. Quelques pirogues de pêcheurs rentrent, les paniers pleins.
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MARDI

Une bonne nouvelle au départ, un pont sera en réfection « pour 15 jours ». Nous pouvons encore passer, mais quid du retour ? Il nous faudra près de 12 heures de route pour parcourir 230 kilomètres, dont 100 de piste. C’est épique, si certaines portions ressemblent à un bête chemin de campagne ou à une route forestière, d’autres tronçons s’avèrent moins carrossables. Chaque creux est noyé d’eau car il a plu deux semaines durant. Le Lada Niva se mouille au niveau des phares à chaque fois. Pour rouler au sec, le chauffeur essaye tant bien que mal de passer à droite ou à gauche. Ce qui aboutit à une superbe figure de style, le Niva planté sur le côté, l’eau qui commence à s’infiltrer, Il faut descendre doucement, faire le singe pour éviter que la voiture ne bascule complètement. Le tout sous les éclats de rires des gamins du village que l’on était en train de traverser, les distractions sont rares ici !Cliquer pour Agrandir
Cliquer pour AgrandirNous devrons passer 5 bacs. Ceux-ci sont à l’image du pays : bricolés à partir de caissons de tôle qui assurent la flottabilité et de madriers pour le plateau. Si un panneau limite la charge à 9 tonnes, j’atteste que le camion qui s’y trouve les dépasse, et que les 4 tout terrains et tous les piétons qui le rejoignent outrepassent la charge maximale autorisée. De surcroît, tous ne sont pas motorisés, ou en panne par manque de gasoil ou de pièces détachées.

Deux passages se feront à la perche. Je garantis la bonne forme physique des passeurs qui moyennant quelques francs nous feront passer à la force des bras alors que les moteurs sont inutilisables. La nuit est tombée, nous arrivons à notre étape, sur la baie d’Antanambe, « chez Grondin », lesquels ne nous attendaient plus à cause du pont coupé et du « bac la marée » annoncé comme hors service.


MERCREDI

 

Le soleil est formidable. L’endroit est divin, préservé de toute modernité, vierge. Les pêcheurs autochtones se déplacent dans leurs pirogues creusées à même l’arbre. Nous consacrons la matinée à une sortie en mer et à l’exploration de la barrière de corail. Les coraux sont magnifiques, l’eau indécemment chaude, nous ferons notre souper des capitaines et des poissons perroquets pris au fusil sous-marin. Cliquer pour Agrandir

JEUDI

4 heures de piste nous mènent à la baie d’Antongila, à Mananara. Nous avons parcouru… 50 Km. De nombreux villages de paillotes longent la piste, il y a des enfants partout, qui crient à notre passage « salut vasa » (salut étranger) et font des gestes amicaux de la main. Ces gens sont timides et souriants, leur misère économique est cependant tristement évidente. C’est la saison du girofle. Les clous sèchent, étalés sur des nattes tressées devant les cahutes. Leur odeur envahit tout. Les paysans les vendent deux ou trois francs le kilo, une misère. C’est à Mananara que nous ferons provision de vanille et que nous nous repaîtrons de langoustes royales grillées et de steaks de zébu délicieusement fondants, sans comparaison possible avec le bœuf insipide que l’on sert en France. Il n’y a pas la moindre lumière artificielle à des dizaines de kilomètres à la ronde, ni aucune source de pollution ; la nuit, le ciel est magnifique d’une profondeur absolue. Les étoiles n’en sont que plus nombreuses.

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VENDREDI

Nous retournons à Antanambe, chez Grondin. La piste n’a pas changé, elle a séché et n’en est que plus cassante. Les passagers du Niva doivent parfois descendre pour soulager la voiture trop chargée. Le Land Rover, lui est tout à fait à l’aise.


SAMEDI

Départ tôt le matin à 7h30, pour bénéficier aussi longtemps que possible de la relative fraîcheur matinale. Les paillotes de l’étape du soir à Manompana s’avèrent les plus inconfortables du voyage. Pas d’électricité, les lampes à pétroles refoulent leur mauvaise odeur pendant notre repas en répandant, parcimonieuses, leur maigre lueur. Le site est malgré tout enchanteur et la nuit sera bercée par les vagues qui s’échouent à 5 mètres de notre paillote.


DIMANCHE

Retour sur Tamatave, les bonnes surprises s’enchaînent, le moteur du « bac la marée » est réparé et le pont ouvert à la circulation. J’achète sur le bord de la route des articles en raphia tressé pour le prix d’un menu Big Mac. Retour à l’hôtel. Cette fois, j’ai une chambre climatisée, et ce n’est pas du luxe car il fait une chaleur incroyable.


LUNDI

Cliquer pour AgrandirLa journée est consacrée à une excursion en canot sur le canal des Pangalanes. Nous parcourons 25 des 400 Km de celui-ci. Une fois de plus, le site à tout pour combler le visiteur, à un détail près. Les premiers 10 kilomètres sont recouverts d’hydrocarbures déversés illégalement il y a deux mois par les cuves de stockage de Tamatave. Il n’y a plus un poisson ni un oiseau sur les berges souillées. Des gens vivent sur ces rives, circulent en pirogue et en radeau, se baignent et lavent leurs effets, un zébu y trempe son museau pour s’abreuver. Cette situation est révoltante, car rien n’est fait pour y remédier. Plus amont, le canal est beau, parsemé de nasses pour prendre les crevettes.

MARDI

C'est le dernier jour, le matin est consacré à l’achat des souvenirs (foie gras de canard (hum !) et à la rédaction des cartes postales à envoyer. Envol pour Antananarivo, la capitale. Je passe sous silence les formalités d’enregistrement et de douane, certes moins folkloriques qu’à l’arrivée, mais plus tatillonnes que jamais, avec fouille des sacs et murs de policiers à chaque pas.

Ce qui surprend le plus au retour, c’est le bruit des voitures et l’agitation des gens qui contrastent avec le silence et la tranquillité qui règnent dans les régions de Madagascar que nous avons traversées. J’ajoute que je remercie nos deux chauffeurs mécaniciens grâce auxquels ce périple s’est déroulé sans la moindre anicroche et dans une excellente ambiance. Merci aussi aux autres membres de notre équipée, tous non-fumeurs, qui ont participé, chacun à sa manière, à la réussite de ce voyage.

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